Entrepreneurs et TIC – une remise en question de la théorie Schumpétérienne

 Le triangle Moteur de la dynamique

Nous avons présenté dans le point A) un outil qui nous permettait de faire abstraction de l’évolution économique. Schumpeter associe la dynamique à « l’évolution » (Entwicklung en Allemand, Development en anglais).Il s’agit maintenant de présenter après un bref aperçu de l’évolution, quels sont les acteurs qui prennent part à ce processus et à ce triangle moteur nécessaire pour rendre l’économie dynamique.

Le triangle moteur : les combinaisons

« [L’évolution] est la modification du parcours du circuit par opposition à ce mouvement ; elle est le déplacement de l’état d’équilibre par opposition au mouvement vers un état d’équilibre » (Schumpeter, 1926, p92). En effet, le circuit économique tend toujours à se rapprocher d’une situation d’équilibre. Lorsqu’il y a une modification des données, un choc, le circuit va internaliser cette modification et poursuivre son mouvement vers une situation d’équilibre : nous sommes ici dans le schéma statique. Ce que l’on entend par le déplacement de l’état d’équilibre, c’est en réalité le fait qu’est survenu, dans le circuit économique, ce que l’on va appeler l’apparition d’une nouvelle combinaison qui remet le système directement en cause et qui engendre un changement qualitatif. Lorsque cette nouvelle combinaison intègre l’économie, elle devient une innovation au sens schumpétérien (une invention n’est pas une innovation au sens de J.A.S tant qu’un acteur ne l’a pas intégrée et utilisée dans un but économique). « Ainsi, par évolution, nous comprenons seulement ces modifications du circuit de la vie économique, que l’économie engendre d’elle-même, modifications seulement éventuelles de l’économie nationale « abandonnée à elle-même » et ne recevant pas d’impulsions extérieures » (Schumpeter, 1926, p89). Ce sont donc ces nouvelles combinaisons jaillissant spontanément qui modifient le circuit économique et qui finalement entrainent la vie économique dans un mouvement dynamique. Dès lors, si dans le circuit économique, produire, « c’est combiner les choses et les forces présentes » (Schumpeter, 1926, p94), l’innovation, et donc le mouvement dynamique, apparait lorsqu’il y a une combinaison différente de « ces choses et [de ces] forces » (Schumpeter, 1926, p94). Il y a de nombreuses formes de combinaisons 1 et celles-ci se juxtaposent dans un premier temps aux anciennes mais, à terme, modifient l’aspect de l’économie.

Le triangle moteur : l’entrepreneur, support de l’innovation

Nous allons maintenant aborder la deuxième partie du triangle moteur. Il s’agit de la question du support de l’innovation : l’entrepreneur, phénomène fondamental du capitalisme. Chaque agent voulant combiner des éléments d’une nouvelle façon (« innover ») devient « homme d’action » (« man of action »), un entrepreneur. Les entrepreneurs sont « les agents économiques dont la fonction est d’exécuter de nouvelles combinaisons et qui en sont l’élément actif » (Schumpeter, 1926, p106). Nous pouvons considérer que la propriété (ou fortune) n’est pas un signe essentiel de l’entrepreneur. L’indépendance dégagée par cela n’est pas non plus un critère constitutif de la fonction entrepreneuriale. Ainsi, c’est cet agent qui, en faisant autorité et doté d’une capacité à réaliser des prévisions, va faire preuve d’initiative dans le processus d’innovation. C’est une qualité qui n’apparait pas dans un circuit équilibré. L’entrepreneur a la possibilité, contrairement à l’agent passif, de se transcender. L’agent passif, quand à lui, n’a pas les capacités cognitives et physiques pour cela. L’entrepreneur peut, par contre, suivre la vie économique et lorsqu’il le souhaite modifier, changer de voie, il doit alors nager à contre-courant : c’est-à-dire s’opposer au courant du circuit. Il rencontre alors des difficultés pour atteindre son objectif. C’est pourquoi, selon l’auteur, la réalisation de nouvelles combinaisons est l’apanage d’une minorité de personnes capables de se détacher du circuit et de lutter contre celui-ci. L’entrepreneur doit, pour naviguer ainsi à contre-courant, se construire lui-même un nouveau chemin : un plan. La réalisation d’un plan est extrêmement complexe. C’est là que l’agent doit faire preuve d’initiative alors que dans le circuit, il ne fait que suivre un plan déjà établi. De plus, le plan contient des erreurs ; l’agent doit alors être capable de les surmonter. A ce moment de notre discours. Il apparait important de marquer la distinction entre l’entrepreneur et l’inventeur. Comme nous l’avons écrit précédemment, l’entrepreneur est le support de l’innovation. Il serait trop restrictif de faire la distinction entre ces deux acteurs seulement en évoquant la différence entre invention et innovation (innovation qui serait alors définie comme la version commercialisée d’une invention). Les nouvelles combinaisons sont toujours présentes dans l’environnement mais c’est l’entrepreneur en tant que chef d’une organisation qui a pour fonction de leur donner vie, à les réaliser, à les exécuter et les insérer dans le circuit.

Le triangle moteur : le moyen utilisé par l’entrepreneur pour supporter l’innovation

Nous avons donc expliqué dans la première partie ce qui engendre le mouvement dynamique de l’économie : l’apparition de nouvelles combinaisons. Avant d’étudier le support de ces nouvelles combinaisons, il convient d’aborder maintenant quel est le moyen permettant de déclencher le mécanisme de création de ces nouvelles combinaisons. L’acteur pour réaliser cela, doit posséder des moyens de production. Nous avons montré précédemment que le circuit économique est une suite de périodes économiques où le temps est neutre. Il est aussi nécessaire d’ajouter que l’ensemble des revenus dégagés de la période précédente est entièrement réinjecté dans le processus productif de la période suivante. Donc en principe, il n’y a pas d’épargne disponible ni de moyen de production disponible,  ni de réserves de pouvoir d’achat. Dès lors, l’entrepreneur n’a aucune possibilité d’utiliser l’épargne pour investir son projet. Il doit donc faire appel à un agent capable de « créer de la monnaie » et supporter le risque pour financer l’innovation. Dans le cas le plus typique,  l’agent économique peut recourir à l’emprunt et donc contracter un crédit de monnaie qui lui permettra d’acheter les moyens de productions nécessaires. Ici, nous faisons entrer le rôle d’un personnage important dans le processus d’évolution, il s’agit en effet du capitaliste qui est un agent économique dont la fonction est de tenir prête à disposition une somme de liquidités permettant aux agents le souhaitant d’avoir les moyens de réaliser de nouvelles combinaisons. C’est en réalité le crédit qui permet d’outrepasser l’indisponibilité des quantités de moyens de production. Cela permet donc de dégager ces moyens pour effectuer de nouvelles combinaisons. La création monétaire par les banques commerciales est donc le véritable levier pour la réalisation de nouvelles combinaisons. Le banquier n’est pas un intermédiaire d’une « puissance d’achat autre » mais est en réalité le créateur de celle-ci : il en est le producteur. Son emploi a, au proprement dit, remplacé le capitaliste privé. Il est donc sur deux fronts : position intermédiaire entre les possesseurs de moyens de production et ceux qui veulent exécuter de nouvelles combinaisons. Il rend possible l’exécution de nouvelles combinaisons, […] il est l’éphore de l’économie d’échange » (Schumpeter, 1926, p105).

Conclusion concernant le triangle moteur de la tynamique

Nous avons donc abordé dans cette partie le triptyque de l’innovation économique. C’est la fonction entrepreneuriale qui fait émerger de nouvelles combinaisons dans le circuit économique et ce, avec le concours d’un autre agent qui n’est autre que le banquier (remplaçant le capitaliste privé) qui va mettre à disposition de l’entrepreneur une réserve de monnaie sous forme de crédit. Dans le tableau présenté, l’auteur accorde une prépondérance au rôle de l’entrepreneur : c’est ce dernier qui est la véritable étincelle, impulsion.

Sources

  • Schumpeter, (1926). Théorie de l’Evolution Economique. Paris, Librairie Dalloz

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Le 3 juin 2013. Le texte est présentée dans sa version 1.0.