Entrepreneurs et TIC – une remise en question de la théorie Schumpéterienne

Le circuit économique est la représentation statique de l’économie. En effet, la théorie Schumpétérienne est une théorie basée sur l’étude de la dynamique des faits économiques. Mais avant dans en arriver à ce point et afin de bien cerner la pensée de l’auteur, nous devons à notre tour reprendre la démarche qu’il a faite pour expliquer l’environnement économique, et ce, en faisant abstraction de l’évolution : il s’agit donc de présenter, selon la pensée de l’auteur, le circuit économique (qui se place dans une économie nationale mais transposable à des économies interagissant dans un contexte international).

Formalisation du circuit économique

Schumpeter ambitionne de construire une théorie dynamique de l’économie, capable de rendre compte du changement et des mouvements cycliques qui caractérisent le capitalisme. Pour mieux mettre en évidence cette dynamique, Schumpeter utilise un outil méthodologique : le circuit économique, schéma d’une économie stationnaire, à l’équilibre. Le circuit est construit de telle façon que tout facteur de changement y soit absent, de façon à mieux montrer, par contraste, quels vont être les éléments d’origine du changement dans la dynamique[1].

Il convient, avant tout autre chose de formaliser clairement le circuit économique. Nous pouvons définir ce circuit comme étant une suite de périodes économiques synchronisées (ou le temps est neutre, n’impacte pas le circuit). Ces périodes sont représentés par des canaux liant les acteurs producteurs et les acteurs consommateurs, en retenant le fait que chaque acteur est lui-même producteur et consommateur. Pour, expliciter cela, Schumpeter émet l’hypothèse que tous les agents économiques sont dans la même situation : ils vendent leur production et achètent des produits sur le marché (qui est le lieu de rencontre matériel ou immatériel de l’offre et de la demande) ; Cet échange alimente le courant de biens dans une économie nationale. Ainsi, le terme producteur est un terme relativement vaste. En effet, nous évoquons ici autant les producteurs individuels que les salariés (la main d’œuvre) qui vendent leur force de travail aux entreprises les recrutant. Dès lors chaque agent consomme dans une période N la production d’une période N-1 avec le revenu qu’il a dégagé de sa force de production à la période N-1. Nous comprenons alors que ce qu’il produit à la période N va générer le revenu qu’il utilisera et la production qui sera consommée à la période N+1.  Ainsi, nous dressons ici l’image d’une économie qui se reproduit à l’identique à la période suivante, à l’instar de la reproduction simple chez Marx.

Les hypothèses du circuit économique

Il convient maintenant d’aborder les hypothèses sur lesquelles reposent le circuit économique. Cette reproduction s’appuie sur des hypothèses spécifiques de comportement des agents économiques : il s’agit de l’expérience et des routines. Ainsi, chaque agent économique tend à reproduire ses habitudes économiques et ceci lui permet d’anticiper l’offre et la demande futures. Ainsi, les périodes économiques précédentes indiquent le comportement à adopter pour les périodes économiques suivantes. A l’apparition d’un choc (que nous pouvons définir comme une perturbation sur le plan économique), les agents économiques vont se référer à leur expérience pour prendre des décisions et ainsi internaliser ces chocs. Nous faisons apparaitre un aspect important de la théorie statique selon J. Schumpeter. En effet, lorsque nous expliquons que les agents économiques modifient leur comportement uniquement en fonction de chocs externes, cela signifie qu’il n’y a pas de modification arbitraire de leur comportement : les agents économiques s’adaptent aux modifications des données et de l’environnement. Whenever an economy or a sector of an economy adapts itself to a change in its data in the way that traditional theory describes, whenever, that is, an economy reacts to an increase in population by simply adding the new brains and hands to the working force in the existing employments, or an industry reacts to a protective duty by expansion within its existing practice, we may speak of the development as adaptative response. And whenever the economy or an industry or some firms in an industry do something else, something that is outside of the range of existing practice, we may speak of creative response (Schumpeter, 1947, p217) Ainsi, selon l’auteur, il n’y a donc pas de modification du circuit et ce dernier reste le même : les agents économiques se servent de leur expérience pour revenir à une situation stable et identique à la période précédente. Il faut véritablement conclure ce point sur l’expérience en précisant que le comportement des acteurs ne génère pas de nouvelles combinaisons. Dans les voies accoutumées l’agent économique peut se contenter de sa propre lumière et de sa propre expérience, en face de quelque chose de nouveau il a besoin d’une direction. Alors que dans le circuit connu de toutes parts il nage avec le courant, il nage contre le courant lorsqu’il veut en changer la voie. Ce qui lui était là-bas un appui, lui est ici un obstacle (Schumpeter, 1926, p114).

Le mécanisme de l’Offre et de la Demande dans le circuit économique

Par ailleurs, il est nécessaire d’aborder brièvement la demande avant de discuter de l’appareil productif dans le circuit économique. La demande selon Schumpeter et dans le circuit économique permet de mesurer et de régler l’activité économique. Celle-ci nait des besoins à l’instant présent des agents économiques et ces besoins sont la raison d’acquérir des biens. Cette demande, et comme nous le verrons pour  l’appareil productif ci-après, suit un mouvement routinier (c’est-à-dire qui ne se modifie que sous la contrainte de données externes comme des chocs). Venons-en maintenant au sujet principal de ce paragraphe : l’appareil productif et ses mécanismes. Ces derniers sont, selon l’auteur, automatiques et orientent leur production vers la satisfaction des besoins présents. En effet, bien que nous puissions observer la présence de directeurs prenant des décisions, étant donné qu’il n’y a pas de modifications arbitraires, ces agents avec un certain pouvoir décisionnel ne doivent prendre des décisions qu’à un niveau plus élevé mais toujours de la même façon qu’un salarié. Il n’y a donc pas véritablement de directeur dans une organisation mais seulement un mécanisme quasi automatique porté par un Administrateur Gestionnaire qui suit les envies du consommateur (qui est alors le moteur de l’appareil productif). « [Ainsi] il ne peut avoir de crises dans une économie nationale [respectant le schéma du circuit économique] parce que l’expérience influe sur la production qui elle est sous l’influence de la demande immédiate qui repose immédiatement sur les besoins et des moyens de productions présents » (Schumpeter, 1926, p79).

Conclusion

Le circuit économique est un outil d’analyse qui permet à J.A.S de représenter l’interdépendance des activités économiques dans un univers statique. Mais l’objet principal de l’auteur n’est pas la statique mais l’économie capitaliste en ce qu’elle est en mouvement : son objectif est non pas de s’intéresser aux changements quantitatifs résultant d’ajustements à des modifications des données mais de rendre compte du changement qualitatif. « Le capitalisme, répétons-le, constitue, de par sa nature, un type ou une méthode de transformation économique et, non seulement il n’est jamais stationnaire, mais il ne pourrait jamais le devenir » (Schumpeter, 1942, p121).  Cela suppose pour J.A.S d’expliquer les facteurs endogènes de changement.

Sources et Notes de Bas de Page

  • Schumpeter, (1926). Théorie de l’Evolution Economique. Paris, Librairie Dalloz
  • Schumpeter, J. A. (1942), Capitalisme, Socialisme et Démocratie. Petite Bibliothèque Payot, Edition Payot
  • Schumpeter J. A., (1947), « The creative response in economic history ». Journal of Economic History, Nov. 1947, 149-159.

 


[1] Nous notons ici que Schumpeter fait une différence entre l’économie stationnaire (qui est l’état particulier de l’économie, schématisé par le circuit) et la statique (qui est une méthode d’analyse (l’équilibre).


 Le 2 juin 2013. Le cours est proposé dans sa version 1.5, les références et les citations sont à jour.